Rudy PERREAU nous informe sur les obsèques du Cdt POU n° 184 cérémonie Chapelle de Puyloubier

Eloge funèbre du chef de bataillon Jean-Claude POU
GAP / 17 novembre 2025  
Mon commandant, ou plutôt, mon capitaine, car vous n’aimiez pas que l’on vous appelle par ce dernier grade acquis à la retraite, Très cher Jean-Claude, 
Rendre hommage au légionnaire, au sous-officier, à l’officier à titre étranger d’exception que vous avez été, est un immense honneur. Vous, légionnaire-parachutiste honnête et fidèle, d’allure majestueuse, et vous donnant sans compter dans tout ce que vous avez entrepris. Vous, sous-officier courageux et lucide au combat, profondément attaché à vos légionnaires. Vous les conduisiez en bloc au succès tant à l’entrainement qu’en opération. Vous, officier servant à titre étranger, magnifique, modeste, exemple pour tous vos pairs. Vous, serviteur fidèle de notre pays et de votre prochain, époux, père, et grand-père aimant et attentionné. Vous, tout simplement guidé chaque jour par le sens du service, par la quête de l’idéal, l’attention portée à tous, et par la soif de justice. Ces valeurs, empruntes quotidiennement d’humilité et de gout de l’effort, ont façonné votre vie sur terre en vous donnant un destin de chevalier à la Légion, et en vous aidant à surmonter les trop nombreuses épreuves que vous avez rencontrées dans la vie civile.

Né en 1943 à Perpignan dans une famille qui a fui la guerre civile espagnole, vous admirez dès le plus jeune âge les parachutistes du 1er Bataillon de choc que vous rencontrez à Montlouis ou Collioure, et qui inconsciemment vous inculqueront l’allure, la rigueur, l’amour de la France et de son armée, et en particulier de ses parachutistes. Votre demi-frère ainé, tombé à la tête de sa compagnie du 8ème RTM au Kef Safdane en avril 1959 en Algérie, parrain de deux promotions d’élèves officiers, vous a transmis mieux que quiconque ce que représente le sacrifice du sang. 

Après votre service national effectué durant 18 mois en 1962-1963 à Metz dans la spécialité « Matériel Aéronautique », vous rejoignez la Compagnie républicaine de sécurité N°1, à la Lanterne, au service de hautes personnalités : le Premier Ministre Georges Pompidou, M. André Malraux, et bien d’autres. Ce monde politique ne vous apporte pas le supplément d’âme que vous recherchez pour votre vie. Vous préférez alors tout quitter pour rejoindre la Légion étrangère en septembre 1965. 
Votre chef de section à l’instruction, le lieutenant Henri d’Orléans, fils du comte de Paris, ne s’y trompe pas. Il décèle en vous et en votre camarade Maurice Côte des légionnaires solides et fiables, et des futurs chefs exigeants et exemplaires. L’avenir lui donnera raison. Tous deux, comme deux frères, vous marquerez des générations de légionnaires, de sous-officiers et d’officiers, tant par vos brillants résultats lors des formations, sur le terrain ou en opération, que par votre sens du devoir et du service.

 Après l’instruction réussie brillamment, vous choisissez de servir au 2ème régiment étranger de parachutistes que vous rejoignez en mars 1966 à Bou Sfer.
S’enchaine alors un parcours exemplaire de 22 années chez les hommes des troupes d’assaut, interrompus par une année au 5ème régiment mixte du Pacifique lorsque vous accédez à l’épaulette en 1980 : 

  • légionnaire puis caporal à la section de mortiers de la compagnie d’appui et d’éclairage, avec laquelle vous partez au Niger en manœuvre en 1968 ;
  • sergent dès décembre 1968, toujours à la CAE. Vous prenez alors part pendant un an à l’opération Limousin au Tchad ;
  • breveté chuteur opérationnel en 1969, vous rejoignez la section d’éclairage régimentaire puis le centre sabotage nouvellement créé à Lumio, et la 4ème compagnie. Moniteur parachutiste en 1972, vous inculquez à tant de promotions de jeunes légionnaires en quête de leur brevet parachutiste l’esprit des hommes des troupes d’assaut alliant rigueur et souplesse ;
  • nommé adjudant en 1974, vous prenez le commandement d’une section de combat et participez à trois missions opérationnelles de quatre mois en 1975, en 1976 et en 1977 dans le Territoire français des Afars et des Issas, en renfort de la 13ème DBLE, pendant la période tendue d’accès à l’indépendance de Djibouti ;
  • chef de section à la 1ère compagnie, dynamique et courageux, vous êtes cité à l’ordre du corps d’armée pour votre action lors de l’opération Bonite à Kolwezi en mai 1978. Engageant votre section dès sa mise à terre le 19 mai, vous vous emparez par une manœuvre hardie et rapide du lycée Jean XXIII où sont prisonniers une trentaine d’otages européens, les sauvant ainsi d’une exécution certaine ;
  • votre détermination et votre sang froid se retrouvent dans tous les stages ou formations que vous effectuez, et desquels vous êtes toujours sortis en tête de classement ;
  • en 1980, vous êtes nommé major puis lieutenant, et rejoignez le 5ème régiment mixte du Pacifique à Mururoa, pour y prendre les fonctions de chef de section travaux ;
  • de retour à Calvi en 1981, vous êtes en charge de l’infrastructure du régiment. Et à nouveau, le commandement d’une section de combat ne tarde pas à revenir. Vous rejoignez alors la 2ème compagnie et créez une 4ème section de combat pour le départ à l’opération Manta au Tchad début 1984 ;
  • commandant d’unité de la compagnie de commandement et des services de 1984 à 1986, vous êtes projeté en République centrafricaine en 1985 et recevez un témoignage de satisfaction pour votre efficacité remarquable à faire croitre et à maintenir votre unité au plus haut niveau opérationnel ;
  • Officier de sécurité suppléant, vous êtes remarqué par tous, du légionnaire au colonel, par votre rigueur, votre sens de la discipline, et votre justice ;
  • à nouveau en opération au Tchad en 1987, vous prenez part dans le sud du pays, à Panzangué, au Détachement d’assistance militaire et d’instruction, au sein duquel vous excellez, comme d’habitude ;
  • Vous quittez la Légion étrangère le 1er avril 1988. Pour reprendre l’expression qui était écrite sur le vitrail de la salle d’honneur du 2ème REP, vous êtes de « ceux qui furent parmi les plus braves et désintéressés de ses serviteurs ».

 De retour à la vie civile, vous vous installez dans les Alpes, vous rejoignez les réserves parachutistes, puis partez au Mozambique pour participer à la protection des travaux de remise en état de la voie ferrée du corridor de Nacala. Vous assurez d’autres missions, comme responsable de sûreté chez Total Exploration, tout d’abord en Angola, puis à Alger. Mais la vie civile ne vous épargne pas. Vous affrontez de dures épreuves : 

  • Le décès de votre si chère épouse Nicole, moins de 4 ans après votre départ de Calvi. Si tôt, trop tôt.
  • Votre handicap, suite au pèlerinage à pied à Saint Jacques de Compostelle.

Mais votre volonté reste. Vous souhaitiez rejoindre Puyloubier après cette toute récente opération, pour retrouver la famille légionnaire. Vous n’en avez pas eu le temps. Mais la Légion ne vous oubliera pas. 

Mon capitaine, vous avez été un légionnaire exemplaire et un chef d'exception, unanimement apprécié de ce que vous avez commandés avec rigueur, droiture et justice, et de tous ceux qui vous ont côtoyé. « Un chic type, comme on en rencontre rarement dans sa vie » me disait l’un d’entre eux. « Un chef exigeant mais toujours juste », me disait un autre.

 Vous serez pour les générations futures un magnifique exemple de courage, de volonté, de ténacité et d’humilité. Vous n’avez jamais recherché les honneurs. Vous êtes un homme d’honneur, car vous avez marqué tous vos actes par votre justice, par votre quête de la vérité, par votre franchise toujours empreinte de courtoisie, et par une profonde camaraderie envers votre prochain.

 Au nom de tous les anciens, en présence de votre famille que je salue et de tous vos proches ici réunis, en ma qualité de président de la Fédération des sociétés d’anciens de la Légion étrangère, permettez-moi de vous dire un immense merci pour l’exemple que vous nous laissez, et un chaleureux adieu. 
Que Saint-Antoine vous accueille parmi ceux qui nous ont quittés au hasard d’un clair matin ! 
Que Saint-Michel remercie l’aigle de la Balagne que vous avez été, si juste, si majestueux, et si modeste ! 

Soyons et demeurons dignes de vous. Au-delà de l’adieu que nous vous adressons aujourd’hui, ce sera notre façon à nous tous de vous rendre l’hommage que vous méritez.
 A Dieu mon cher Jean-Claude, et comme vous aimiez tant le dire : « Haut les cœurs ! »
 More majorum !

 Général de division (2S) Jean MAURIN, 
Président de la Fédération des sociétés d’anciens de la Légion étrangère.

                                 Félicitations au Sch POULAIN son nom légion

                                                                   les porte-drapeaux

  •                                                     Rudy PERREAU à droite

                                                          Le Père LALLEMAND

                                                              Vidéo dans la chapelle