Le 24 aout 2025 disparaissait un des derniers chutops ayant suivi le premier stage de 1965.
Jean-Claude LICKEL, n° 19 a fait partie de ces pionniers qui ont "essuyé les plâtres" en suivant ce premier stage où tout était à faire.
Le bureau de l'Acops avait eu le temps de le visiter le 29 mai (cf article précédent) et nous avions été très heureux de faire sa connaissance.
Ses obsèques eurent lieu le jeudi 28 aout et nombreux étaient ses amis, ses collègues du 13 RDP et du 1er Hussard venus soutenir sa famille dans cette épreuve.
Lorsque nous l'avions rencontré il nous avait promis de nous faire passer un petit article retraçant son expérience de la chute opérationnelle. Son fils Eric nous l'a fait parvenir et vous pouvez le découvrir ci-dessous avec quelques photos.
Le peu de temps passé avec lui nous avait fait découvrir un homme ayant gardé sa foi dans son métier passé, une parcelle d'histoire, un ancien que l'on a plaisir à écouter, et la chaleur de son regard nous avait impressionné.
Adieu mon Adc, que St Michel vous accueille auprès de lui.
Equipe expérimentale 3eme Escadron
1er janvier 1962, engagé volontaire pour l’Algérie je rejoins le 1er Régiment de Hussards parachutistes au Quartier Larrey à TARBES pour y faire mes classes durant 6 mois.
Breveté parachutiste N°198159, j’étais le seul engagé volontaire de la classe 62/1A .
1er juillet 1962, direction Port Vendres et embarquement direction l’Algérie pour rejoindre le 13ème Régiment de Dragons Parachutistes dans la région de SETIF.
Je suis affecté au 3ème Escadron peloton porté. La fin de la guerre étant là, après un bref séjour de 2 mois c’est le retour en France avec le Régiment direction notre nouvelle garnison dans la ville de CASTRES.
Octobre1962 nommé brigadier je saute le galon de brigadier-chef et février 1963 je suis nommé Maréchal des Logis.
Août 1963, le Régiment fait mouvement à DIEUZE en Moselle et le 3ème Escadron restera sur NANCY.
En 1964 J’obtiens le CIA , le 151 et 251/trans et la qualification d’aide largueur sur nord 2501 . Nous sommes dans la période de la guerre froide avec L’URSS. Le Régiment change de mission et on nous parle de renseignement dans la profondeur.
Je suis désigné pour faire le stage ACE N°2 (adjoint chef d’équipe) puis je me retrouve en équipe comme radio, j’effectue alors la Manœuvre Eugénie 1.
Ensuite, commence pour moi et l’équipe les longues marches d’infiltration avec des charges de 40 kg et plus, pour arriver sur notre point d’observation, puis creuser un trou afin d’y loger 3 personnes en plus du matériel radio.
Nous nous sommes rapidement rendu compte que le matériel que nous avions (radio, équipements …..) n’était pas adapté à nos missions.
En 1965, je suis retenu avec deux autres du régiment pour suivre le stage N°1 SOGH (saut opérationnel à grande hauteur) II faut dire que nous partions pour l’aventure car les 3 premiers sauts en commandé sont effectués avec des parachutes voile d’abord. (On s’en souvient !) Ensuite nous sommes passés en suspentes d’abord avec une voile ronde, c’était un peu mieux !
Il faudra attendre quelques mois pour voir arriver le 656 et bien plus tard le 683 et le 687, le rêve !
Nous étions nommés SOGH puis CHUTOPS. Après le stage, nous rentrons au Régiment ou il fallut attendre 3 mois avant de revoir un saut en commandé.
Ce jour-là, sans entraînement, on décida de nous faire sauter pour une manœuvre de la folie, avec gaine. Tout s’est bien passé.
Quelques années devront encore s’écouler avant de former une équipe de chutops. De 1965 à 1969, je me suis contenté de faire du largage et saut en SOCR tout en étant en équipe de recherche .
De 1967 à 1968, je suis instructeur trans pour les ACE, et après avoir réussi le concours d’entrée j’effectue à l’école des transmissions à AGEN le stage 551/trans BS1.
En 1969, je reviens au 3eme Escadron affecté à l’équipe expérimentale (Equipex) commandé par l’adjudant-chef Gouzil chuteur ops N°56.
Si mes souvenirs sont encore bons l’EQUIPEX existait déjà avant 1969, puis nous avons formé celle avec les chuteurs.
Dès lors, nous avons expérimenté tout ce qui était possible, les vêtements grand froid, les chaussures, les pelles pioches scies , les sauts avec les sacs à dos en forme de gaine avec un tablier, pour arriver a la gaine EL4 , le casque Guéneau équipé d’une lampe sur le dessus pour se repérer la nuit (mauvaise , nous sommes passés rapidement aux lampes MATUVU)
. A l’époque on travaillait sans filet, pas de KP3, nous faisions régulièrement des sauts jour ou nuit à 3500 / 4200m du nord ou d’hélico H 34 et nous avions la réputation « vachés mais groupés »
Nous avons ensuite expérimenté le transport du matériel au sol dans une seule gaine, la TAP 4. A la méthode des viets…. (Il faut dire que notre chef était un ancien de l’indo) cela consistait à mettre une barre de chaque côté de la gaine, avec un homme devant et un derrière. Nous avions chacun la musette sur nous, ça diminuait le poids à porter mais nous ne sommes jamais arrivés à marcher en cadence et nous sommes revenus au grand sac à dos après en avoir essayé plusieurs modèle.
Nous avons expérimenté les marches longues distance plus de 100 kms, les franchissements des cours d’eau à la nage avec le matériel dans un grand sac étanche (2 ou 3 qui tiraient et les autres poussaient).
Nous avons essayé des radeaux de fortune, une culotte avec une grosse toile munie d’une corde pour descendre en rappel quand nous étions planté sur un arbre.
Nous n’avions pas d'altimètre, on comptait 331,332 ... et on tirait sur la poignée. Nous faisions souvent des sauts à 3000 et parfois loin de la DZ. Ce qui nous permit de la visiter.
Les arbres de la zone de saut de Gueblanges nous les connaissions bien. Parfois quelques aventures : - partis de 3000 nous n'arrivons pas avec les autres à contrôler notre chute et nous avons ouvert à 2000…la descente a été longue et combien d'autres ... je ne vous parle pas des sauts de nuit ….
- petit à petit, nous sommes 5 chuteurs et formons l'équipe expérimentale du 3eme Escadron.
Il aura fallu attendre 1974 pour que l’on me remette le brevet métal No 19 j'étais alors hors TAP. J'ai écrit ces lignes tant qu'il me reste de la mémoire. Aujourd'hui je suis alité avec beaucoup de difficultés à me déplacer
remise de la Médaille Militaire le 27 juin 1984